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Appel international de scientifiques aux dirigeants des États détenant des armes nucléaires

Deux dangers mortels guettent l’humanité, le réchauffement anthropique du climat et l’apocalypse nucléaire.

Le second est immédiat et peut survenir d’une minute à l’autre, les fausses alertes aux missiles en Russie ou les pertes de bombe H par les USA en témoignent. En ce qui concerne les armes nucléaires, les actions des USA visant à sortir de la plupart des traités de limitation des armements nucléaires, la riposte russe, le développement chinois, la force nucléaire israélienne, relancent la course à l’armement nucléaire.

Pendant ce temps-là tornades et typhons surpuissants balaient des régions entières, Bangkok et le Bangladesh sont menacés par la montée des eaux, le trait de côte européen recule.

Des millions de réfugiés climatiques seront bientôt jetés sur les routes du désespoir, déstabilisant ainsi des communautés humaines et générant des situations pouvant dégénérer en affrontements armés, si on ne fait rien.

On peut conjurer ces fléaux.

Faire face aux conséquences du dérèglement climatique nécessite des moyens immenses, tant monétaires, industriels, que scientifiques. Ces moyens existent mais sont aujourd’hui partiellement stérilisés dans les budgets consacrés à la course aux armements nucléaires et à la militarisation de l’espace.

Signer et ratifier le traité d’interdiction des armes nucléaires adopté à l’ONU le 7 juillet 2017 par 122 Etats, signé par 82 et ratifié par 50 États (au 24/10/2020), est un enjeu majeur qui permettrait de libérer des moyens importants nécessaires à la sauvegarde de l’humanité.

Nous, scientifiques signataires du présent appel, conscients de notre responsabilité vis-à-vis de l’avenir, appelons par la présente, tous les pays possesseurs ou détenteurs de l’arme nucléaire à prendre le double engagement de ratifier le traité dit « TIAN » pour Traité d’Interdiction des Armes Nucléaires et de consacrer les moyens ainsi libérés à la lutte contre les conséquences du dérèglement climatique.

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Cet appel a été rendu public le mardi 10 novembre 2020 puis proposé au soutien de la communauté universitaire et scientifique internationale par voie de pétition. Les signataires ont signé à titre personnel. Leur signature n’engage nullement les institutions auxquelles ils/elles appartiennent.

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Les premiers signataires de cet appel sont classés par ordre alphabétique – sachant que d’autres signatures sont attendues de chercheurs du CEA, d’Allemagne et du Japon.

Jean-Noël AQUA, Maître de Conférences à l’Université de la Sorbonne, Institut National des Nanosciences de Paris, Lauréat de l’Académie des Sciences, Associate Professor at the Sorbonne University, National Institute of Nanosciences in Paris, Laureate of the Academy of Sciences

Amar BELLAL maitre de conférences université de Rennes 1

Daniel BIDEAU, Professeur émérite à l’université de Rennes 1 et physicien à l’Institut de Physique de Rennes. UMR Cnrs/Université de Rennes  1 / N°6251, Professor Emeritus at the University of Rennes 1 and Physicist at the Institute of Physics of Rennes.  UMR Cnrs/University of Rennes 1 n°6251

Geoffrey BODENHAUSEN, Professeur de Chimie-Physique à l’École Normale Supérieure ENS, Professor of Chemistry and Physics at the Ecole Normale Supérieure

Jean-Michel BONY, Mathématicien, Professeur émérite à l’École polytechnique, membre de l’Académie des Sciences, Mathematician, Professor Emeritus at the École polytechnique, Member of Academy of Sciences

Jacques BORDÉ, ancien Directeur de recherche au CNRS, vice-président de Pugwash-France, retired Director of Research at CNRS, vice-president of Pugwash-France 

Abdou BOUCEKINE professeur émérite chimie théorique à l’université de Rennes1 

Édith BOULANGER, Maître de Conférences en chimie à l’Université Pierre et Marie Curie -Paris VI, retraitée, Lecturer retired in Chemistry at the University Pierre & Marie Curie – Paris VI

Marie-Françoise COUREL, Directrice honoraire des Sciences Humaines et Sociales au CNRS, membre de l’Académie des Sciences d’outre-mer, Présidente de l’École Pratique des Hautes Études EPHE (2003-2006), Scientific Director of Human and Social Sciences of the CNRS (2006-2008), Member of the Overseas Academy of Science, President of the EPHE (2003-2006)

Nicolas DELERUE chercheur, Président de Pugwash-France

Jean Pierre DEMAILLY, Mathématicien, Professeur à l’Université de Grenoble Alpes Institut Fourier, Laboratoire de Mathématiques UMR 5582 du CNRS, Membre de l’Académie des Sciences, Mathematician, Professor at the University Grenoble Alpes Institut Fourier, Mathematics Laboratory UMR 5582 of the CNRS, Member of Academy of Sciences

Yves DERRIENNIC, Professeur de Mathématiques émérite Université de Bretagne Occidentale (Brest),  Professor Emeritus at the University of Bretagne occidentale

Jacques DUBOCHET, Professeur honoraire à l’Université de Lausanne, prix Nobel de chimie 2017, Professor Emeritus at the University of Lausanne, Nobel Prize in Chemistry 2017

Frederico GAMA-CARVALHO, Docteur en Physique Neutronique et Génie Nucléaire aux  Universités de Lisbonne et de Karlsruhe, Doctor in Neutron Physics and Nuclear Engineering in Lisbon and Karlsruhe University, Président de la Direction de l’OTC-Organisation des Travailleurs Scientifiques (Portugal), Chairman of the Board of OTC-Organization of Scientific Workers (Portugal), Vice-Président du Conseil Exécutif de la Fédération Mondiale des Travailleurs Scientifiques, Vice-President of the Executive Board of the World Federation of Scientific Workers

Jean Michel GAMMA, Ingénieur de recherche retraité du Commissariat à l’Energie Atomique, Research Engineer retired from the Atomic Energy Commission

Didier GASCUEL, professeur en écologie marine à l’Institut Agro, Rennes / Professor in marine ecology at Institut Agro, Rennes, France

Chantal GASCUEL, INRAE, Directrice de recherche, Directrice Scientifique-adjointe secteur Environnement

Olivier GEBUHRER, Maître de Conférences émérite à l’Université de Strasbourg, Mathématicien, Lecturer Emeritus at the University of Strasbourg, Mathematician

Federico HERRERA, Docteur, Chef du laboratoire structure et dynamique cellulaire à la Faculté des sciences de Lisbonne, Phd Laboratory Head Cell Structure and Dynamics Laboratory Faculty of Sciences, University of Lisbon,

Gérard HUET, Chercheur à l’INRIA, Académie des sciencesResearcher at INRIA, Member of Academy of Sciences

Tomohiro INAGAKI, Professor, Hiroshima University, Chair of Pugwash Japan

André JAEGLE président émérite de la Fédération mondiale des travailleurs scientifiques

Bernard JEGOU, Directeur de recherches à l’Inserm, Directeur de l’Institut de recherche en santé, environnement et travail, Research Director at Inserm, Director of the Institute for Research on Health, Environment and Work

Habib KAZDAGHLI, Professeur des universités en histoire ,ancien doyen de la Fac des Lettres de Manouba Tunisie 

Michiji KONUMA, Pugwash Japan; Professor Emeritus, Keio University

Yoshiko KURITA, Professor at Chiba University, Japan. A member of the Science Council of Japan.  member of Pugwash Japan

Claude LABIT, Directeur de recherches émérite INRIA, Emeritus Research Director INRIA

Dominique LALANNE, Directeur de recherche CNRS Physique nucléaire et corpusculaire Retraité

Ivan LAVALLÉE, Professeur émérite d’informatique à l’Université Paris VIII et à l’École Pratique des Hautes Études EPHE, Professor emeritus of informatic at University Paris VIII and EPHE,

Pascal LEDERER, Directeur de recherche CNRS honoraire, physique, CNRS Research Director Emeritus, Physics

Malcolm H. LEVITT, Professeur à l’Université de Southampton, Membre de la Royal Society (FRS) pour la Chimie-Physique, Professor at the University of Southampton, Chimie-Physique Member of the Royal Society (FRS)

Masahisa Matsuda, President of Doho University, Nagoya, Japan, A member of Pugwash Japan

Antoinette MOLINIÉ, Directeur de recherche émérite CNRS Maison de l’archéologie et de l’ethnologie, Comité d’éthique du CNRS, Research Director Emeritus CNRS House of Archaeology and Ethnology, CNRS Ethics Committee

Alain MICHALOWICZ, Professeur émérite de Physique à l’Institut de Chimie et des Matériaux Paris Est (ICMPE, UMR7182 CNRS-UPEC), Paris Est Créteil (UPEC), Professor Emeritus of Physics at the Institut de Chimie et des Matériaux Paris Est (ICMPE, UMR7182 CNRS-UPEC), Paris Est Créteil (UPEC)

Alain OMONT, Directeur de recherche émérite à l’Institut d’astrophysique de Paris, Research Director Emeritus  at the Paris Institute of Astrophysics

Alain PAGANO, Maître de Conférences habilité à diriger des recherches en Écologie responsable du M1 ZH BEE (Gestion et éco-ingénierie des zones humides en biologie écologie environnement), Lectured authorized to lead Research in Responsible Ecology for M1 ZH BEE (Management & Eco-engineering of Wetlands in Biology Ecology Environment)

Dra Gloria RAMIREZ, Chaire UNESCO de Droits Humains de l’Université Autonome du Mexique

Christophe RAYNAUD, Maître de Conférences en mathématiques à l’Université de Montpellier, Lecturer in Mathematics at University of Montpellier

Jeffrey REIMER, Professeur de génie chimique et biomoléculaire, membre de l’AAAS, de l’APS et de l’ISMAR, Université de Californie, Berkeley (États-Unis), Professor of Chemical and Biomolecular Engineering, Mmember AAAS, APS, and ISMAR, University of California, Berkeley (USA)

Josette ROME CHASTENET, représentante de la Fédération Mondiale des Travailleurs Scientifiques /World Federation of Scientific Workers (FMTS/WFSW) à l’Unesco

Alain ROUY, Professeur de Chaire supérieure CPGE, Secrétaire de l’Association internationale des éducateurs à la paix (AIEP)

Dr Fethia SAIDI, Sociologue/ Enseignante-chercheure à l’ISSH Université de Tunis-Manar

Evariste SANCHEZ-PALENCIA, Professeur émérite de mécanique, Membre de l’Académie des Sciences,Professor Emeritus of mechanics, Member of the Academy of Sciences

Shoji SAWADA  Hibakusha of Hiroshima/ Representative Director, Japan Council against A and H Bombs (Gensuikyo)/ Particle Physicist, Professor emeritus at Nagoya University

Cathy LISA-SCHNEIDER, Professeur associé à la School of International Service de l’Université américaine de Washington Dc (USA), Associate Professor in the School of International Service at the American University Washington Dc. (USA)

Annick Suzor-Weiner, Professeur émérite à l’Université Paris-Saclay, vice-présidente de Pugwash-France, Professor emeritus University Paris-Saclay, vice-president Pugwash-France

Tatsujiro SUZUKI, Professor, Nagasaki University,  Acting President,Pugwash Japan

Terumi TANAKA,  Hibakusha of Nagasaki/ Co-Chairperson, Japan Confederation of

A-and H-Bomb Sufferers Organizations (Nihon Hidankyo)/ Physicist of magnetic materials, Former Associate Professor at Tohoku University

August TSIKH, Professeur de mathématiques, Institut de mathématiques et d’informatique, Université fédérale de Sibérie, Krasnoïarsk (Russie), Professor of Mathematics, Institute of Mathematics and Informatics, Siberian Federal University, Krasnoyarsk (Russia),

Alain ZOZIME, Professeur émérite de l’Université d’Évry, ancien Vice-Président de l’Université d’Évry, Professor Emeritus of the University of Evry, former Vice-President of the University of Evry.

Cet appel est daté du 24 octobre 2020, date à laquelle le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN) a été ratifié par 50 États ce qui entraine son entrée en vigueur le 22 janvier 2021. En effet le paragraphe 1 de l’article 15 de ce traité dispose que « le traité entrera en vigueur 90 jours après le dépôt du cinquantième instrument de ratification, d’acceptation, d’approbation ou d’adhésion. Ce Traité interdit de « a) Mettre au point, mettre à l’essai, produire, fabriquer, acquérir de quelque autre manière, posséder ou stocker des armes nucléaires ou autres dispositifs explosifs nucléaires […] – d) Employer ni menacer d’employer des armes nucléaires ou d’autres dispositifs explosifs nucléaires ».

Après l’interdiction des armes biologiques en 1972, après l’interdiction des armes chimiques en 1993, avec l’entrée en vigueur du TIAN, ce sont toutes les armes de destruction massive qui sont interdites par un Traité.

Cet appel sera rendu public le mardi 10 novembre 2020, à l’occasion de la Journée mondiale de la science au service de la paix et du développement, puis proposé au soutien de la communauté universitaire et scientifique internationale par voie de pétition.

Cet appel de scientifique est relayé par deux associations partenaires : Pugwash-France (Membre de Pugwash international, prix Nobel de la Paix 1995) et Le Mouvement de la Paix France (Membre à statut consultatif de la commission ECOSOC des Nations Unies et membre du réseau ICAN international, prix Nobel de la Paix 2017).

Contacts Ivan Lavallee  ivan.lavallee (à) gmail.com

Roland Nivet roland.nivet (à) mvtpaix.org

Nicolas Delerue nico.pugwash (à) delerue.org,

Presse et communication: communication (à) mvtpaix.org

Finançons les hôpitaux au lieu de moderniser les forces de dissuasion nucléaire

La crise sanitaire provoquée par la pandémie de COVID-19 a mis en lumière une vulnérabilité que les gouvernements n’avaient pas anticipée, un ennemi capable de mettre à quai des porte-avions. Les pays détenteurs d’armes nucléaires sont parmi les plus touchés par cette pandémie.

Il est trop tôt pour expliquer avec certitude le faible taux de mortalité en Allemagne, cependant on notera que ce pays, non-nucléaire, possède un nombre de lits en soins intensifs par habitant parmi les plus élevés au monde, près du double de celui de la France, du Royaume-Uni et des États-Unis. Les rémunérations des soignants en Allemagne sont aussi nettement plus élevées qu’en France.

La pandémie de grippe espagnole a montré qu’un virus peut faire plus de victimes qu’une guerre mais surtout, que la mutation d’un virus peut provoquer une seconde vague pandémique plus meurtrière que la première. Le pire n’est jamais certain, toutefois il faut s’y préparer et équiper nos hôpitaux pour pouvoir faire face à un nouvel afflux de patients atteints de COVID-19.

Pour le même proche avenir, des sommes considérables ont été inscrites au budget de la France pour maintenir et moderniser sa force de dissuasion nucléaire : 37 milliards d’Euros doivent y être consacrés d’ici 2025, dont 5 milliards d’Euros par an d’ici 2023. Or une partie de cette somme pourrait avoir un impact considérable sur l’amélioration de nos capacités sanitaires.

En retardant d’au moins trois ans la modernisation de la force de dissuasion nucléaire nous pourrions investir plusieurs milliards d’Euros dans la revalorisation des carrières et des salaires des soignants et dans nos capacités sanitaires, ainsi que dans la recherche sur l’émergence de prochains virus.

L’armée, et en particulier son service de santé, a joué un rôle important dans la gestion de l’épidémie et cette réaffectation budgétaire lui permettrait de contribuer de manière décisive à la création d’une capacité sanitaire capable de se projeter rapidement, que ce soit en France métropolitaine, outre-mer ou à l’étranger.

La modernisation des forces de dissuasion nucléaire bénéficierait avant tout à de grands groupes industriels français. Ceux-ci ont montré pendant la crise sanitaire leur capacité d’adaptation et ont produit du matériel médical. Ils l’ont d’ailleurs revendiqué sur leurs sites web ou dans la presse. La réaffectation ne serait donc pas source de perte d’emplois ni même de revenus pour ces groupes.

Pour justifier le maintien d’une force de dissuasion importante, le prestige de la France et sa place dans le monde sont souvent évoqués. La crise sanitaire actuelle va rebattre les cartes. Dans les années avenir, la capacité à bien anticiper et gérer une pandémie sur son territoire, et à aider d’autres nations touchées, sera probablement plus prestigieuse. Un moratoire de trois ans sur la modernisation de la force de dissuasion permettra aussi à la France de montrer sa volonté de progresser dans la voie du désarmement nucléaire, en particulier en vue de la prochaine conférence d’examen du Traité de Non-Prolifération en janvier 2021.

Retardons la modernisation de la force de dissuasion nucléaire, afin d’acquérir une capacité de réponse sanitaire au meilleur niveau. Et exposons enfin au débat démocratique la nécessité d’une dissuasion nucléaire.

Jacques Bordé
Nicolas Delerue
Annick Suzor-Weiner

Construire la paix et la sécurité

Pugwash-France en association avec d’autres associations signe un appel « Construire la paix et sécurité ».

Texte de l’appel (pdf):

La grave crise sanitaire et économique mondiale provoquée par la pandémie de Covid-19 fait émerger une prise de conscience de l’interdépendance de nos sociétés. Les États européens qui ont tenté d’apporter une réponse individuelle à la crise n’ont eu d’autre choix que d’admettre l’urgence d’une coopération en matière de sécurité sanitaire. Seule une coopération régionale et internationale permettra une gestion effective de la pandémie.

Au-delà de la lutte sanitaire contre le Covid-19, les défis à relever sont multiples et simultanés : soutenir les plus démunis, porter secours aux populations des pays dont les systèmes de santé ne peuvent lutter contre la pandémie et dont l’économie s’effondre, porter la recherche scientifique, mais aussi transformer cette crise en opportunité de faire évoluer nos sociétés et nos économies vers des modes de développement plus écologiques.

La pandémie de coronavirus met aussi en lumière la faiblesse des États en matière de sécurité internationale et l’inadéquation des conceptions de la sécurité basée sur la force au détriment du droit et de la réalisation des droits humains. Combien paraissent scandaleux la poursuite des conflits locaux et internationaux ! Combien l’arme nucléaire, symbole ultime de la puissance étatique pour certains, apparaît vaine pour combattre les menaces du XXIe siècle !

La garantie d’une sécurité internationale ne peut être assurée sans une élimination complète et négociée des armes de destruction massive. Il ne faut pas oublier qu’en France, la Loi de Programmation Militaire a alloué 37 milliards d’euros à la modernisation de l’armement nucléaire pour les années 2019 à 2025. Serons-nous assez insensés pour poursuivre cette gabegie ?

Si l’idée qu’un “autre monde” est possible après la pandémie, ce dernier ne pourra se construire qu’en mettant fin à la course aux armements – qu’ils soient nucléaires ou conventionnels ; en réengageant un véritable processus de désarmement nucléaire multilatéral, progressif et équilibré ; en agissant pour convaincre les États-Unis et la Russie de proroger le Traité New START, qui avait pour but de contenir la course aux armements nucléaires entre ces deux pays et d’ouvrir la voie à de nouvelles réductions de leurs arsenaux.

Le report de l’examen du Traité de Non-Prolifération à 2021 ne doit pas non plus constituer une aubaine politique pour un désengagement des États en matière de désarmement nucléaire. Rappelons que ce traité – auquel la France est partie depuis 1992 – prévoit dans son article VI l’élimination des armes nucléaires. Cet engagement doit être mis en oeuvre par les États nucléaires, tout comme la signature et la ratification du Traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN). En signant puis ratifiant le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires, la France donnerait un signal fort en faveur du désarmement nucléaire ».

A l’heure où la pandémie est exploitée à des fins politiques par certains dirigeants pour remettre en cause le multilatéralisme, nous devons répéter qu’une solution à la crise ne pourra être trouvée que dans le cadre d’une coopération interétatique, dans le respect de la Charte des Nations Unies et s’appuyant sur les objectifs du développement durable (ODD), la culture de la paix et les accords de Paris sur le climat.

Face aux replis nationalistes, nous appelons avec gravité à la réorientation urgente des priorités nationales et internationales, afin que s’engage la construction d’une sécurité commune et que s’instaure une véritable culture de la Paix.

Pugwash Statement on the NPT Review Conference Postponement and Risks after the COVID-19 Pandemic

Pugwash a publié un communiqué sur le report de la conférence de revue du NPT et les risques après l’épidémie de COVID19, cosigné par Pugwash-France. Il est disponible à l’adresse: https://pugwash.org/2020/05/06/pugwash-statement-on-the-npt-review-conference-postponement-and-risks-after-the-pandemic/

THE POSTPONEMENT OF THE NPT REVIEW CONFERENCE.  ANTAGONISMS, CONFLICTS AND NUCLEAR RISKS AFTER THE PANDEMIC.

The new coronavirus pandemic (COVID-19) has already inflicted great damage on a number of nations and on the world at large, resulting not only in many tens of thousands of deaths but also in economic, financial and social crises. It also forced the international community to cancel or postpone a number of important meetings, including big international conferences. One such victim, unfortunately, is the 10th Conference to review the operation of the Treaty on the Non-proliferation of Nuclear Weapons – a central pillar in the current architecture of nuclear arms control and disarmament.

The 10th NPT Review Conference was scheduled for April 27 to May 22 of this year. However, the designated President of the Conference, Gustavo Zlauvinen, recently announced that the Review Conference has been postponed to a date not later than April 2021, depending on the state of the pandemic. This was, of course, an appropriate and necessary reaction to the COVID-19 crisis.

Ironically, the postponement represents an opportunity to address mounting pressures within the NPT regime. The risks for the Conference and, ultimately, for the Treaty itself, have been multiplying. There is a large list of serious worries and problems: the renewal of the nuclear arms race; the crisis in the architecture of nuclear arms control treaties; the crisis in the relations among nuclear weapon powers; new setbacks with regard to the Iranian nuclear deal and the proliferation crisis in North-East Asia; and growing antagonisms between nuclear-weapon-possessor and non-possessor states. It is therefore essential that the parties to the NPT use the time between now and the start of the Review Conference to look for ways to ensure substantive progress. If nothing is done, the situation is likely to become even worse.

Over the next year, COVID-19 apart, many damaging, dangerous, or counterproductive things can happen in the area of nuclear disarmament and nuclear risks. To start with, the only remaining element of the US-Russia arms control system, the New START agreement, is going to expire. Will it be extended or replaced? Will there be any further discussion about promoting new arms control agreements? And how will the possible further disregard of Art. 6 of the NPT impact the NPT member states at large? Will there be an increase in the dangerous feeling of disappointment about the role of the NPT itself, 50 years after its entering into force? What will be the global impact, and the impact on regional situations, including Europe, of the decision by the US president to exit the INF (Intermediate Nuclear Forces) treaty?

While arms control frameworks are eroding or disappearing, the nuclear weapon states are vigorously modernizing their nuclear forces, including the adoption of advanced technology. Examples include new hypersonic missiles and a new generation of cruise missiles. More generally, states possessing nuclear weapons and states hosting nuclear weapons on their territories keep reinforcing the message that nuclear weapons are important and legitimate instruments for their defense.

While the nuclear weapon states cling to their steadily modernizing force postures and increasingly reject arms control, much of the world is moving in the opposite direction. The clearest indication of this is the Treaty for the Prohibition of Nuclear Weapons (TPNW), adopted on July 7, 2017.  Supported by 122 states in the UN General Assembly, it has 81 signatories and 36 ratifications (still short of the 50 ratifications needed for its formal entry into force but with the expectation that the treaty will gradually attract the required number of ratifications). This schism between the nuclear haves, committed to the indefinite retention of nuclear weapons, and the nuclear have-nots, most of whom supported a treaty banning nuclear weapons, represents a dangerous fault-line in the NPT and is sure to produce friction at the NPT Review Conference.

The coming year will continue to be marked by regional tensions and serious nuclear risks. A major concern is the greatly increased tension in South Asia between the two nuclear-armed states India and Pakistan.  Also worrisome is the failure to make any meaningful progress in dealing with the nuclear risks in North East Asia. Further, the US decision to exit the agreement on the Iranian nuclear program (JCPOA) and the American implementation of secondary sanctions against institutions and companies that do not respect the reinstated US sanctions against Iran, has created a tense environment in which the risk of conflict seems very real. In the midst of this confrontational reality, there is a humanitarian catastrophe in the making because the sanctions against Iran are exacerbating the situation in a country that is also heavily hit by COVID-19.

The NPT’s one-year postponement also brings into play domestic political considerations in some key countries. For instance, in November 2020 there will be Presidential elections in the US and in 2021 there will be Presidential elections in Iran. There could be a new American president and there certainly will be a new Iranian president. The results of these internal political processes could have a large impact on the fortunes of the 2021 Review Conference.

It is highly desirable to use the time made available by the postponement of the NPT Review Conference to work on and hopefully to make progress on these issues that are sure to complicate and possibly undermine the conference.  However, the overwhelmingly urgent crisis of the moment is the COVID-19 pandemic. At present, COVID-19 is not only the main (if not only) topic discussed by the international press, it is also the main topic discussed by the Governments and political institutions of most countries. So it is reasonable to expect that for some time the issues of nuclear disarmament and the NPT will be put aside. But if this trend continues over the coming year, it will be very difficult to have a “successful” conference.

Another potential barrier to progress in promoting restraint and reducing nuclear risk is the international friction and contention that may be caused by the pandemic. The medium- and long-term consequences of the pandemic are certainly yet to be understood, but it is possible that this crisis will cause or intensify conflicts, especially in the context of existing global and regional tensions. If this occurs, the pandemic will contribute to an environment that will have a negative effect on the prospects for nuclear disarmament, for progress in the NPT regime, and on hopes for reducing nuclear risks.

There are some positive signs in the midst of this terrible crisis. There undoubtedly have been initiatives of solidarity among nations in order to face the common enemy of mankind, i.e. the disease. Countries, in various and different ways, exchanged and are exchanging equipment, knowledge and medical workers in order to deal with the disease. Such cooperation is particularly critical to assist poor countries that have more difficulties in getting proper equipment (such as personal protective equipment, respirators, etc.) and often do not possess the medical infrastructure that is needed to deal with the pandemic. In a striking reaction to COVID-19, the UN Secretary General called for a global ceasefire, given the critical situation of mankind in the times of the virus. There has been, for example, formally a provisional ceasefire in the war in Yemen and also in Syria, Libya, Sudan, and Ukraine (although several countries did not support the ceasefire call). Global cooperation has been imperfect, but nevertheless this international solidarity movement is, in its own way, contributing to peace and collaboration around the globe.

Even if the picture is not completely bleak, the pandemic will have a number of adverse consequences that may make it difficult to manage the period ahead.  The human cost of the coronavirus is considerable, including above all the extensive loss of life. But in addition, the very heavy limitations on the transfer of people both across international borders and within countries themselves have brought to almost zero the political and human interactions of the majority of people.

The pandemic will also, obviously, have profound and inescapably important economic effects. The total lockdown of many activities in most countries has created almost everywhere a dramatic economic crisis whose effects are still to be fully understood but will surely be massively negative. The economic crisis will certainly be a global one, even if we will have significant differences between various countries and various regions. Facing the severe economic situation, countries and regions will try to rebuild economic activity and will be naturally inclined to think to their own narrow, specific, nationalistic interests. Unfortunately, there will be a strong temptation to put aside the need to cooperate and to express solidarity with others. In fact, the common attitude of “blaming others” is already evident in many places; indeed, the US and China have blamed each other for the start of the pandemic. It will be difficult to cooperate in this tense and pressured situation, as already witnessed in Europe, where we have seen difficulties in finding an agreement on how to define shared instruments to promote a general economic recovery.

In short, the economic calamity will haunt international politics. Cooperation is desirable and probably also necessary, but will be hard to achieve. We have to expect that economic difficulties will bring about a climate where many different antagonistic attitudes could arise or could be enhanced. These antagonistic attitudes will be of particular concern in countries that have a previous history of hostilities or rivalry with other countries and/or where religious or ethnic or political antagonisms are strong. It is also possible that new hostilities will arise.

The precise consequences of the above considerations are of course yet to be seen. But we should be concerned that the new post-COVID-19 political climate may increase the risk of war in various parts of the globe. With about 14,000 nuclear weapons still in the hands of the nuclear weapon states, the risk of the use of these weapons (or other weapons of mass destruction) will still be with us.

If we want to look at a crucial example from the past, where the long-term effects of an economic crisis brought war, we should think back to the worldwide economic crisis after 1929 and particularly to Germany in the 1930s. In Germany, the crisis created a political climate where the extremist Nazi movement took over and the consequences, in terms of antisemitism and war, are well known. In the present times extremism has already shown a potential for growth when people look for “saviours” and strong leaders.

On the other hand, we should not forget one simple lesson from the current COVID-19 crisis: it has hit a lot of countries hard – big and small, some will suffer more, some less. But, in any case, the investments that some countries have been making in nuclear weapons, their new delivery systems and in military solutions for today’s security problems at large, have proved to be useless in terms of protecting their security and their people from this new unprecedented danger. The difficulties in addressing the impact of the virus on the population are also a reminder of the enormous humanitarian consequences that mankind would face in the case of even a “limited” use of nuclear weapons.

In conclusion, Pugwash’s goals are probably more critical than usual in the current challenging moment: helping bridge the divides in critical regions; supporting conflict resolution; and promoting nuclear arms control and disarmament measures globally and regionally. Now the public debate and the media are dealing predominantly with the dangers of COVID-19. But we should expect that in the coming phases of this crisis, and in particular as we move into the reconstruction phase, antagonistic attitudes will become more relevant and more at the center of the public debate. It is easy to foresee that in the future, the need to defuse antagonistic attitudes, strengthen instruments of international cooperation and, in particular, reduce and eliminate nuclear risks will be greater than ever.

A final comment is in order concerning biological weapons. As we know, no international monitoring institution has been established since the entry into force of the Biological Weapons Convention. The COVID-19 pandemic has shown the big impact of a pandemic on the life of the world population. Even if it is clear that the virus of COVID-19 was not the result of the work of any laboratory in any state done for the purpose of spreading a pandemic, the idea of building a biological weapon may look now more “attractive” to some, after seeing the consequences of the present disease.  The virus of COVID-19 is not, by itself, a “model” for a biological weapon since this virus has generated a pandemic, while a biological weapon should be “confined” to the territory of the enemy. But there are other viruses that could become more “effective” biological weapons. It is very important that an international monitoring system should be created in due time, so as to avoid a biological weapons spread in the future. On this point the international scientific community should give suggestions on how to proceed and Pugwash should help promoting such activity.

Débat au sein du gouvernement Allemand sur la pertinence des armes nucléaires américaines en Allemagne

Le quotidien Ouest-France rapporte l’apparition de tension au sein du gouvernement Allemand autour du renouvellement éventuel des avions F-18 capables de transporter les armes nucléaires américaines et donc de la pertinence de la présence des armes nucléaires américaines en Allemagne.

L’article est ici: https://www.ouest-france.fr/europe/allemagne/la-question-des-armes-nucleaires-americaines-sur-le-sol-allemand-fait-tanguer-le-gouvernement-merkel-6823613